Si le terme « intelligence économique » fait encore frémir au cœur des entreprises, cela semble essentiellement dû à l’héritage de pratiques « barbouziennes ».

Effectivement, depuis la naissance officielle du terme en 1994 suite à la publication du rapport Martre, les choses ont évolué dans la pratique. L’évolution de l’intelligence économique ne s’est néanmoins pas traduite par la démarche de communication dans le sens des entreprises. Elle conférait, jusqu’à il y peu, à la démarche de l’intelligence économique une niche et un pré carré réservé aux experts ou pseudo experts émanant principalement des instances étatiques rompues au recueil de données et d’informations, dans des conditions parfois discutables.

Force est de constater que 20 ans après la dénomination de l’intelligence économique, les pratiques ont évolué et se sont développées. On se heurte toujours à quelques craintes quant à la prise de contact des spécialistes de la recherche et de la veille, de la sécurisation du patrimoine et de l’utilisation de la connaissance dans le domaine stratégique. Quel état des lieux peut-on faire? Quelles évolutions sont souhaitables et surtout comment les mettre en place? Telles sont les questions que l’on doit se poser en tant que prestataire intellectuel d’une démarche encore décriée, souvent par manque d’information sur le sujet. Avouons que ce manque d’informations est pour le moins paradoxal dans notre époque contemporaine, bercée par les évolutions du numérique et de la capacité exponentielle d’acquisition de l’information.

On n’a pas besoin de ce que l’on ne connait pas…

La communication au sein des praticiens de l’intelligence économique semble encore souffrir de certains manques. Aussi le titre même de cet article prend tout son sens: question de packaging. Effectivement, comment parvenir à pénétrer un marché, comment arriver à se faire accepter a priori des entreprises, sans tomber dans le travers de l’image marginalisée des pratiques parallèles? Il semblerait qu’une des possibilités pourrait être l’approche très pragmatique des pratiques.

Est ce qu’une entreprise est confrontée à la nécessité de sécuriser son savoir faire? Indéniablement oui, et ceci quelle que soit sa taille. Je ne donne ici non pas une recette miracle, ce n’est ni mon rôle, ni mon objectif. Je cherche juste à essayer de faire prendre un peu de hauteur quant-à nos approches et à les calquer sur les besoins des entreprises.

On peut penser que « ce que l’on ne connait pas, on n’en a pas besoin« . Je dirais oui et non. Oui, car on n’a pas conscience de ce qui peut se passer derrière le rideau, donc ça ne doit pas nous faire de mal. Non, car justement on ne sait pas ce qui se passe derrière le rideau, et donc, on ne peut contrôler les actions qui se mènent à notre insu.

De même dans la sensibilisation à la sécurisation du patrimoine… On diffuse des informations qui nous paraissent basiques, on laisse rentrer tout le monde (ou presque) au sein de l’entreprise, on mène des entretiens dans un contexte particulier, au niveau d’une salle de réunion comportant un tableau blanc … non effacé. Dans le domaine informatique, on se rend compte, parfois (trop) tardivement,  de l’utilité de l’élaboration et de la conduite d’une politique de sécurisation du système d’information, de la sensibilisation et de la responsabilisation des collaborateurs en matière de gestion des systèmes d’information.

Alors certes, on ne se rend pas compte de ce qui peut être stratégique pour l’autre, on ne sait pas si l’information que l’on vient de diffuser n’est pas, justement, la pièce manquante du puzzle.

Pourquoi ne pas proposer d’aider les entreprises à sécuriser leur patrimoine, de donner des chemins ou des modes de réflexion par rapport à cela? Après il est toujours possible de proposer une facilitation de la recherche d’information, une démarche de plateforme de veille automatisée et d’en prouver la pertinence. On pourra ensuite utiliser ces informations, ces résultantes de l’analyse interne au profit de l’entreprise, de faire émerger une démarche d’influence et pourquoi pas le cas échéant de lobbying.

Ceci n’est, encore une fois qu’un des axes de réflexion, sans pour autant utiliser le terme d’intelligence économique, pour justement amoindrir cette peur ou diminuer ces craintes bien ancrées dans la pensée populaire.

Il pourrait ainsi bien s’agir de présenter l’emballage de manière différente, le produit intrinsèque restant foncièrement le même.

André Schwenk